La politique et l'histoire
La politique et la religion
La politique et la morale
Nécessité, fortune et vertu
(virtu)
Il y a place pour la liberté humaine dans l'histoire. L'avenir d'un
état dépend de trois facteurs :
Le Prince
De : http://www.etudes-litteraires.com/rousseau-contrat-social.php
Quiconque observe comment il pense, opine, raisonne, etc., lira et connaîtra par là même les pensées et les passions des autres hommes en des occasions semblables. Cependant, cette similitude des pensées et des passions individuelles n'apparaît pas dans l'état de nature, qui est le règne de la dissimulation, du mensonge, de la feinte et de la lutte; on ne peut l'observer que dans l'état civil, où «celui qui doit gouverner toute une nation ne doit pas lire en lui-même tel ou tel individu mais l'humanité».
Le désir
de puissance
L'état de
nature est affecté d'une contradiction qui rend son développement
nécessaire. Le point de départ en est le conatus
d'autoconservation, dont la spécificité humaine est qu'il n'est pas
orienté vers la satisfaction du besoin ou la transformation de la
nature par le travail, mais vers le désir de l'autre. En fait, le
désir humain ne se satisfait pas dans la simple reproduction du
mouvement vital, il est désir infini de puissance. Ainsi, il y a
une «inclination générale» de toute l'humanité, un désir perpétuel
et sans trêve d'acquérir de plus en plus de pouvoir, désir qui ne
cesse qu'à la mort. Or il ne s'agit pas ici d'une simple
accumulation d'objets, parce que, d'une part, le désir de puissance
résulte de la relation à autrui et que, d'autre part, le pouvoir
sur autrui est le plus grand des pouvoirs.
La «vraie
valeur» de l'homme
Dans sa
relation à l'autre, chaque Moi individuel tend à s'accorder à
lui-même la plus haute valeur possible et à se soumettre l'autre de
gré ou de force. L'analyse de la notion de valeur fournit la clé de
la contradiction propre au désir de puissance dans le processus de
la reconnaissance. En effet, ce que Hobbes appelle la «vraie
valeur» d'un homme ne correspond ni à l'importance que cet homme
s'accorde à lui-même, ni à un absolu: elle se réduit, comme toute
chose, à son prix, «c'est-à-dire ce qu'on donnerait pour disposer
de son pouvoir». Pour Hobbes, il ne s'agit pas seulement de réduire
la valeur de l'homme au prix de la chose, mais de montrer que sa
valeur réelle n'est pas celle que le Moi s'accorde dans son
affirmation de soi: elle dépend entièrement du besoin et de
l'opinion de l'autre. On comprend, dès lors, la nécessité pour
chaque individu d'accroître sa puissance, et la contradiction dans
laquelle est enfermé le désir de puissance. En fait, l'affirmation
du Moi est constamment soumise au regard d'autrui: plus un homme
étend sa puissance sur les autres, plus il devient dépendant d'eux;
et plus sa puissance s'accroît, plus elle devient fragile. Ainsi,
la crainte s'universalise et nul ne peut sortir vainqueur du
conflit. Le désir de puissance, qui a pour but la conservation et
l'affirmation du Moi, met en danger celui-ci et conduit, à chaque
instant, à une lutte à mort. Par conséquent, quiconque soutient
qu'il faut rester dans l'état de nature, où toutes choses sont
permises à tous, se contredit lui-même.
De l'état
de nature à l'état civil
L'opposition
entre l'état de nature et l'état civil n'est donc pas une
opposition simple de la nature et de l'artifice. En effet, le
premier comporte déjà l'artifice du langage verbal, source de tous
les autres artifices, en particulier de l'Etat. C'est la parole qui
permet de prendre conscience de la contradiction du désir de
puissance et d'en sortir par l'acte verbal du contrat. Il est
légitime que les hommes obéissent à l'Etat, à condition que
celui-ci garantisse l'ordre en exerçant une autorité et non une
domination.
Nature
et fonction de l'Etat
L'Etat est
une «personne artificielle» dont la nature est la représentation de
l'ordre civil, et la fonction la protection des citoyens. La
réflexion entreprise par Hobbes dans le Léviathan porte sur
l'essence du pouvoir d'Etat, et non sur une forme de gouvernement:
le Léviathan présente une théorie du pouvoir sous sa forme pure. A
l'état de nature, l'homme est dénué de toute bonté, comme les
animaux livrés à la «loi de la jungle». Il y règne la puissance
anarchique de la multitude (potentia, en latin): «Là où il n'est
pas de pouvoir commun, il n'est pas de loi, là où il n'est pas de
loi, il n'est pas d'injustice.»
La philosophie politique de Hobbes expose comment cette
multitude (potentia) se convertit en un pouvoir (potestas) en
remplissant ainsi les exigences d'une idéologie sécuritaire. De ce
processus naît plus qu'un consensus ou une concorde: une unité
réelle de tous en une seule et même personne, que l'on appelle
«république» (civitas). La multitude se transforme alors en peuple.
Dès lors, Hobbes peut légitimement récuser tout droit de révolte,
car «celui qui se plaint d'un tort commis par le souverain se
plaint de ce dont il est lui-même l'auteur». Prolongement logique
de la théorie du contrat, la théorie de la souveraineté affirme que
c'est bel et bien un pacte social qui institue le monarque, ce qui
signifie l'abandon de toute théorie du droit divin.
Autorité
civile et religion
L'histoire
profane ne s'explique pas par l'histoire sacrée, mais par le
pouvoir du souverain, les desseins de Dieu n'étant connus que par
les livres dont l'autorité dépend du politique. Hobbes refuse toute
conception providentialiste de l'histoire en affirmant que ce n'est
pas Dieu qui gouverne les actions des hommes pour les porter vers
l'avènement d'un monde nouveau à la fin de l'histoire. Ainsi, la
guerre ne peut être pensée comme un moment d'un dessein universel
de Dieu. Certes, une interprétation correcte de l'Ecriture peut
mettre en évidence le destin historique du royaume de Dieu, mais il
s'agit là de foi et non de raison.
Le
Léviathan
Le seul don
divin qui puisse être affirmé par la théologie, c'est la capacité
de l'homme d'utiliser des artifices qui font de lui un être unique;
grâce à ce don, il est le seul être qui puisse construire et non
pas recevoir cet autre être qui le sauvera: le Léviathan.
La Bible, selon Hobbes, ne contient pas les paroles de Dieu: c'est une parole sur Dieu. Dans la tradition de l'exégèse et des théories de l'interprétation de l'Ecriture, Hobbes fait figure d'extrémiste, car, pour lui, l'Ecriture ne tire pas son autorité d'elle-même et, pour être fiable, elle a besoin d'une autorité externe: «Si les chrétiens ne tiennent pas leur souverain pour le prophète de Dieu, ils s'exposent à prendre leurs songes pour une prophétie, ou à obéir à des étrangers, ou à un autre sujet.» Il faut donc s'en remettre au pouvoir du souverain.
Hobbes dénonce donc le recours à la seule Ecriture et le magistère de l'Eglise: de même qu'il attribue au souverain le droit exclusif de déterminer le canon et d'interpréter la Bible, le philosophe accorde à la seule autorité civile le pouvoir de traduire le véritable sens des lois naturelles.
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